Le sens du sacrifice.

En France, nos siècles de Gloire passés, nous n'avons plus le sens de la Grandeur et de l'Abnégation. Heureusement, il existe dans le monde des gens, oserai-je dire des Héros, qui, méprisant leur propre confort et sécurité, se sacrifient pour une idée, un concept, des camarades, un pays.

Il suffit de prendre comme exemple le champion de la Liberté, le dirigeant du Monde Libre, le fer-de-lance de l'Axe du Bien: George. Ces dernières années, pour le compte de profits privés, de délires personnels, et de fantasmes messianiques, il a envoyé les jeunes de son pays mourir sous les bombes, se faire estropier dans des explosions, et finir leur existence hantés par les innombrables massacres auquels ils ont activement pris part, le tout financé par le travail de leurs petits-enfants. Aussi, lui, Monsieur le Président, a décidé de faire un geste grand, un geste beau, un geste fort, pour montrer à tous ces morts, ces handicapés, ces détruits qu'il fabrique à tour de bras que leur effort est partagé, que tous les américains, y compris le premier d'entre eux, participent à l'effort collectif de guerre.
C'est pourquoi, depuis ce fatal jour du 19 Aout 2003, qui restera dans l'Histoire, George W. Bush, par égard aux victimes de sa guerre et à leurs familles, ne joue plus au golf.
On mesure l'importance du sacrifice lorsque l'on sait que George avait passé en ses sept ans de présidence 879 jours de vacances en mai 2008, ce qui représente 30% de son temps de travail. Un jour sur trois, George décide de ne pas travailler, finalement; son sacrifice sportif doit lui peser d'autant plus lourd lors de ces longues journées d'oisiveté.
Malheureusement, ce bienveillant leader du monde s'apprête à prendre sa retraite. Enfin, il pourra prendre du repos.

Primaires démocrates et symbolisme équestre.

La bataille pour la candidature chez les démocrates américains fait rage entre Hillary Clinton et Barak Obama. Ce dernier, depuis de longs mois, fait course en tête, et Hillary Clinton a énormément de mal, et dépense une énergie considérable rien que pour s'accrocher.
Si Obama rechigne, malgré l'insistance maladive des médias américains, à se présenter comme le candidat des noirs, Clinton n'a aucun état d'âme à s'afficher comme la candidate des femmes.
A ce titre, pour montrer sa différence, et qu'être femme est sa force, Hillary Clinton a exorté ses supporters de parier pour la seule jument d'une prestigieuse course de chevaux, le Kentucky Derby. On verrait bien, d'après elle, que pour gagner une course, il n'est pas nécessaire d'être mâle. Elle a même envoyé sa fille pour la représenter.

Malheureusement, sa jument est arrivée deuxième, s'est fracturé ses deux jambes antérieures, et a du être euthanasiée sur la piste.

Une bonne cause

Tout le monde parle de l'économie, du pouvoir d'achat, des problèmes environnementaux et de faim dans le monde. Mais force est de constater que personne ne sait de quoi il parle. Les médias nous aggressent de prévisions absurdes et sans fondements, nous tourmentant de mille déclarations alarmistes, sans doute pour amplifier le mécontentement grandissant envers le gouvernement, dans des perspectives cryptomarxistes.
Heureusement, je suis là.
Le monde tourne autour des planches à billets des américains. Quand ils n'ont plus d'argent, ils en impriment. Comme le monde reste encore fasciné par le billet vert, il le prend comme argent comptant, alors que le dollar ne vaut plus la valeur de l'objet qui le représente. La dette nationale des USA s'approche gentiment des 10 000 milliards de dollars, mais que l'on se rassure: comme le dollar se dévalue, la dette, mécaniquement, diminue aussi.
L'avantage de produire autant de dollars que l'on veut, c'est que c'est avec cette monnaie de singe que l'on achète du pétrole. Le problème, c'est que ça commence à se voir. Il faut de plus en plus de billets verts pour avoir un baril: les coûts de production, les aléas de l'acheminement du pétrole, et toutes les marges qui sont prélevés ça et là, restent les mêmes. Le dollar tombe, le baril monte: bientôt l'on va se rendre compte que le dollar n'a même plus de valeur symbolique, et la chute de la monnaie sera totale. Tous les échanges internationaux, qui se basent sur le dollar, seront impactés: l'inflation de toutes les matières premières, et des ressources céréalières et agricoles en général frappera de plein fouet les Etats-Unis, provoquant des émeutes, du chaos social, et une grande agitation politique. Les pays pauvres le seront encore plus, et sentiront encore plus la faim les tenailler; mais ils seront oubliés pendant que le monde assistera médusé aux soubresauts de l'unique puissance mondiale, empêtrée dans son propre piège. Que les pauvres meurent, qu'ils se battent pour trois grains de riz, même avec plus de conviction et d'explosions que d'habitue, ne touchera pas le monde occidental qui voit ses richesses fondre au rythme du dollar.
L'euro, préservé pendant quelques temps, suivra brusquement le dollar dans une chute vertigineuse; car l'euro n'a de sens que par opposition au dollar, et que sans celui-ci, il n'a pas plus de signification. L'inflation sera mondiale, les émeutes aussi. La Chine, l'Inde, qui se voyaient déjà dominer le monde, s'écroulent plus rapidement qu'ils étaient montés; attentats, émeutes, et bientôt épidémies viennent secouer les zones les plus densément peuplées, qui sont aussi les plus misérables.
Pour faire marcher artificiellement leur économie, et pour détourner l'attention de ses citoyens, comme d'habitude, les USA se lanceront dans de coûteuses guerres, déversant ainsi sa production d'armes sur un ou des quelconques pays pauvres et/ou sous-développés. Ces derniers résisteront car ils auront la faim au ventre, la rage aux lèvres et la kalashnikov au poing. Pour oublier qu'il a tout perdu, alors qu'il croyait tout avoir, le monde se réfugiera dans la guerre, exutoire absolu dans l'Histoire: le meilleur moyen qu'a un pays de se reconstruire face à une crise est en détruisant un autre.
On voit donc facilement la pente glissante que suit le monde à l'heure actuelle, et le sort funeste qui attend sans conteste la monnaie américaine. C'est pourquoi, afin de préserver quelques exemplaires de ces billets pour la postérité, pour les arracher à l'Histoire qui ne veut que leur destruction, et les placer sur l'autel bienveillant de la Mémoire humaine, je collecte dès maintenant tous vos dollars. Me contacter pour avoir l'adresse à laquelle adresser vos colis.


Un peu de sérieux que diable.

Cela faisait longtemps que je n'avais pas posté de message: heureusement de nouvelles découvertes joyeuses m'ont sorti de ma torpeur. Des scientifiques ont eu la bonne idée de prendre des types, de mettre des électrodes sur la tête de ces types, et de les poser devant deux boutons. Un à gauche, l'autre à droite. Les types avaient alors tout le loisir de choisir sur quel bouton appuyer. Les scientifiques, avec leurs machines du diable, en scrutant le cerveau des types, savaient sept secondes avant les types sur quel bouton ils allaient appuyer. La décision, apparemment, se fait dans le subconscient bien avant que le conscient n'y pense. C'est un peu comme quand Lucky Luke dit une idée à Joe, et que celui-ci, quelques minutes plus tard, déclare avoir eu une idée géniale, la même.
Heureusement que l'on a des milliers d'années d'Histoire, dont deux de théologie chrétienne, pour nous rappeler que l'on possède le précieux bien du Libre Arbitre. Soit dit en passant, un gène a été trouvé qui détermine largement notre degré d'altruisme. Sa présence encourage la production de protéines associées dans le cerveau aux comportements sociaux. Même les dictateurs peuvent trouver des excuses dans leurs gènes maintenant.
Bonne nuit.

Pensez donc aux artistes!

Nouvel épisode dans ma longue série des coups de gueule contre les convulsions malsaines de l'industrie musicale qui préfère se condamner plutôt que d'évoluer. Avec, cette fois, un peu d'ironie dans les coins.
D'abord en France: il y a quelques semaines, un rapport a été remis à notre cher Président concernant la lutte contre le piratage musical sur internet. Rapport rédigé par le charmant M. Olivennes, patron de la FNAC de son état. Un observateur innocent pourrait se demander pourquoi M. Sarkozy a demandé précisément à cet homme de s'accomplir de cette tâche, sans doute le moins bien placé pour rendre compte impartialement des choses, et qui aurait probablement aimé intituler ce rapport "Les mesures que la France doit prendre pour que je continue à m'en mettre plein les fouilles".
L'idée maîtresse est ceci: des intérêts particuliers vont avoir le droit d'espionner les téléchargements de monsieur tout le monde, avoir accès à leurs coordonnées personnelles, et porter tout cela chez monsieur le juge en cas d'infraction constatée. Le tout forcément, sans supervision ni même implication de la police, ou d'un juge. Ce sont là des pouvoirs qui ne sont pour l'instant apparemment réservés qu'aux brigades anti-terroristes. Mais passons. Une fois le malfrat identifié, lui seront envoyées des lettres d'avertissement, avant une coupure de l'accès internet d'un an. Avec inscription sur une liste noire de l'intéressé.
Le plus beau est qu'Olivennes insiste sur le fait que cette surveillance et les poursuites soient initiées par les ayant-droit. Ce qui veut dire dans les faits que pour les artistes indépendants, les petits labels, qui n'auront pas les moyens de procéder à ces atteintes à la vie privée, rien ne changera. Mais par contre, quand une gamine de 11 ans voudra télécharger le dernier tube de la Star Ac, elle se fera bannir d'internet pendant 1 an, et les énormes labels et leurs revendeurs (par exemple, la FNAC) conserveront leur précieux flux d'argent.
Dans une interview (qu'évidemment je ne retrouve pas), Olivennes dit trouver normal de vouloir partager avec d'autres, entre autres, des chansons introuvables dans le marché actuellement (comme des albums des années 70 non réédités, par exemple). Il y a donc apparement, un bon piratage (celui qui touche seulement l'artiste) et un mauvais (qui touche aussi l'industrie et le distributeur comme, par exemple, au hasard, la FNAC).
Heureusement que l'on a en France, des gens comme M. Olivennes, droits, fervents défenseurs des artistes, pourfendant les hordes de pirates qui voudraient déruire la musique! Face à tout cela, cette semaine est sortie par le Canard la délicieuse information selon laquelle la FNAC vendrait dans ses rayons de magasin des DVDs pirates. Douce, douce ironie. Leur défense est l'incompétence: comment en effet vérifier tout ce qu'ils vendent? Ah, l'incompétence: si elle n'existait pas, il faudrait inventer la malhonnêteté.
Parallèlement, aux USA, la RIAA, puissant lobby regroupant les plus important labels de musique, continue sa politique de procès plus ou moins ciblés, attaquant systèmatiquement sans forcément avoir de preuves. C'est efficace: ils gagnent des millions. Ils gagnent tellement, que les artistes qu'ils sont censés représenter commencent à se demander comment il se fait qu'eux ne voient aucune entrée d'argent. Une action en justice d'artistes contre la RIAA serait en préparation. Cela serait d'autant plus mérité que la RIAA milite en ce moment pour abaisser le pourcentage de royalties que les artistes touchent sur les ventes numériques. Apparemment, payer 3 ou 4 cents sur une chanson vendue $1 à l'artiste qui l'a créée étouffe l'industrie du disque.
De nombreux labels indépendants se tournent au contraire vers les réseaux P2P pour assurer leur promotion et leur distribution. Par exemple The Flashbulb, qui a abandonné les réseaux traditionnels. En effet, il est en procès contre iTunes, le géant d'Apple de la vente de musique en ligne, qui non seulement propose son travail sans autorisation, mais en plus ne lui reverse rien. Du coup, il a lui-même proposé sa musique sur des sites dit pirates, accompagnée d'un lien où ceux qui le désireraient pourraient faire une donation pour son travail.
C'est exactement ce genre de comportement qui fait le plus peur à M. Olivennes: la distribution est alors totalement contrôlée par l'artiste, et sa rétribution également. Plus d'intermédiaire. L'industrie du disque, inutile. Les artistes, plus proches de leur public que jamais.
Il y a fort à parier que l'on va devoir se taper un bon paquet de lois liberticides avant que tout cela se mette en place.

Jimi et SF made in UK.

Quel plaisir de replonger dans les vieux disques du grand Jimi Hendrix! Régulièrement, je le ressors de ma collection musicale, toujours avec autant de plaisir. Le grand homme, qui, en seulement 3 albums et 4 ans de carrière, a secoué dans tous les sens le bon vieux rock gentillet pour en faire un manifeste, une bouffée de liberté, des riffs de rebéllion sur une guitare qui marque encore. Ensuite, il s'est étouffé dans son propre vômi, à 27 ans, rejoignant ainsi la longue liste des artistes de talent qui ont eu la bêtise criminelle de mourir, alors qu'ils venaient juste de se mettre à table: Nick Drake, Jeff Buckley, Ellioth Smith, etc. Injustice absolue lorsque l'on constate que Francis Lalanne, Florent Pagny, Obispo, et M. Pokora se portent très bien, merci. Même les Musclés ont sorti un nouvel album.

Jimi me sert donc de luxueux fond musical alors que, désemparé par la grève des scénaristes hollywoodiens qui me prive de ma dose quotidienne de séries TV, je retrouve mes racines en me replongeant dans des lectures frénétiques, plus précisément dans de la Science-Fiction, genre injustement méprisé et sous-estimé. Je blâme Isaac Asimov et sa SF ringarde, naïve et mal écrite.
Nos voisins outre-Manche, ceux-là même que nous n'aimons pas, tant à un niveau personnel que national, et qui nous le rendent bien, écrivent ces temps-ci des choses très intéressantes.

Tout d'abord China Miéville, qui, après Perdido Street Station et The Scar, a sorti Iron Council, troisième volet stupéfiant de son univers très particulier, ayant en son centre la ville grouillante, complexe, fascinante de New Crobuzon. De la fantasy à l'heure de la révolution industrielle, qui se laisse corrompre par l'argent, la guerre, les machines; monde qui perd de sa magie et qui inexorablement se rapprochera du nôtre.

Vient ensuite Charles Stross qui dans Glasshouse décrit son personnage qui s'est volontairement fait effacer la mémoire pour échapper à menaces dont il ne se souvient même pas.

Richard Morgan et son Altered Carbon est un excellent mélange de polar et de science-fiction pure et dure; de l'action non-stop qui laisse en toile de fond deviner tout un monde complexe où la mort n'existe plus, pour peu que l'on ait les moyens de s'acheter un nouveau corps.

Enfin, Peter F. Hamilton est un petit homme qui, comme tu peux le constater sur l'image ci-contre, ne paie pas de mine. Et pourtant, il est complètement fou. Pas une folie aussi poussée et raffinée dans le style et le détail que Neil Stephenson, mais tout autant dans l'ambition et l'envergure. Après avoir sa trilogie de Night's Dawn il y a quelques années, le voilà revenu avec Pandora's Star, et sa suite Judas Unchained. Comme d'habitude, il ne sait pas raconter une histoire sans une vingtaine de personnages, une centaines de mondes très bien définis, des idées très claires sur le quotidien du futur lointain et ses implications sociales et culturelles, et surtout sans plusieurs tomes de 1200 pages. Le brave homme.


Alors je sais que ça peut paraître étrange de lire de la SF en écoutant Jimi Hendrix, mais une fois qu'on a lu les légendes arthuriennes de Chrétien de Troyes avec Autechre dans les oreilles, tout devient relatif.

Nouvelles réjouissances génétiques

Un nouvel article dans Nature apporte une nouvelle pierre à mes articles sur la destruction par la science de l'idée de libre arbitre: en effet, un gène a été identifié comme étant la source de la répétition d'erreurs chez les gens. Ce gène développe des récepteurs dans le cerveau, qui permettent à tout un chacun d'apprendre par l'expérience. Lorsque quelqu'un possède une version mutée de ce gène, qui fabrique alors moins de récepteurs, la personne en question aura du mal - physiquement - à assimiler les leçons des erreurs passées.
Ainsi, un drogué qui retombe éternellement dans la drogue, même après s'être fait soigner, le fait peut-être non par faiblesse ou par vice, mais pas impossibilité physique de prendre en compte son passé.
Encore une occurence de plus d'un phénomène expliquant le comportement et qui serait totalement hors de portée de la simple volonté, mais uniquement lié à la génétique. La prédestination physique à la récidive.
A quand le test génétique pour les criminels? Quand l'avocat d'un meurtrier récidiviste va-t-il ressortir ces découvertes pour expliquer que les faits reprochés à son client ont été scientifiquement prouvées comme étant hors de son contrôle? Peut-être en plus ledit client est-il génétiquement incapable de ressentir de l'altruisme?
Que faire alors avec ces gens? Faudra-t-il créer une justice prenant en considération le code génétique de l'accusé, ou ignorer la science et ne considérer que tous découlent d'une même essence humaine absolue, à l'image de Dieu?
Il n'y a peut-être pas encore de voitures volantes, mais il est facile de voir que l'on vit déjà dans le futur: le monde ressemble de plus en plus à une nouvelle de Phillip K. Dick.

Florent Pagny est un assassin.

J'ai toujours redouté, alors que saison après saison la Star Academy revient toujours, sans honte, sans complexe, qu'ils ne s'attaquent à Jacques Brel. Et bien non! C'est Florent Pagny qui y a pensé le premier.
Sur France2 ce soir, il présente une émission "Florent Pagny raconte Jacques Brel", dont j'ai regardé les cinq premières minutes, par courage et sans doute un peu de folie. Bien sûr, ce soit-disant hommage, faisant mine de raconter la vie du Grand Jacques, est en réalité une opération commerciale visant à faire vendre le nouvel album de reprises de Brel qu'a vomi Pagny dans les bacs.
Des images de la vie de Brel, une voix off qui parle d'un épisode de sa vie, et à quel point cela ressemble au type formidable qu'est Pagny: on coupe alors sur l'affreux, qui, ayant du mal à faire des phrases cohérentes, réussit quand même l'exploit de se comparer sans ciller à Brel. Dans son délire mégalomaniaque, et dépourvu de toute humilité, Pagny, le regard vide, la diction lente et difficile, tente de faire ricocher un peu de la grandeur de Brel sur sa personne.
Le ton était donné dès les premières images, avec des allers et retours entre des images d'archives montrant des devantures de salles de spectacles complètes arborant le nom de Jacques Brel, et Florent Pagny, descendant au ralenti les rangées vides d'une grande salle, comme un messie de la musique daignant descendre de son piédestal pour nous parler à nous, son public aimant, de la relation très intime qui le lie au défunt chanteur.
"Des grandes chansons, celui-là, il en a quand même alignées quelques-unes", commence-t-il sans rire.
Et puis, comme c'est avant tout de la promo, l'émission oublie complètement Brel pour montrer une reprise de Pagny: une reprise insipide, une voix sans âme, sans émotion; Pagny, raide comme un piquet, détruit la chanson, en prenant bien soin, toutes les 10 secondes, de lever bien haut les sourcils (pour montrer qu'il vit vraiment la chanson).
Il y a de ces artistes qui inspirent trop le respect pour qu'ils soient sortis de leur tombe et agités devant les caméras au nom de sa propre promotion. Brel en tête. Apparemment, Pagny pense différemment. Il considère qu'il est juste de se faire de l'argent en ternissant l'oeuvre de plus grand que lui. Et s'il pense sincèrement qu'il arrive ne serait-ce qu'à la cheville de Jacques Brel, il faudrait sérieusement qu'il réécoute Jacques Brel.
Mon indifférence envers Pagny s'étant muée en mépris, je peux maintenant remettre mon casque et redécouvrir avec plaisir Comment tuer l'amant de sa femme, quand on a été comme moi élevé dans la tradition.

300.

Hier, j'ai regardé 300.
Tout d'abord: certaines images sont magnifiques, l'esthétique est travaillée.

Passons aux choses sérieuses. Le film s'ouvre sur l'arrivée d'un émissaire perse à Sparte; ce dernier étant noir, on apprend que l'empire perse s'étendait apparemment jusqu'en Afrique équatoriale. Il demande au roi de Sparte sa soumission à Xerxès. Le roi, qui aura dans tout le film du mal à s'exprimer sans crier à gorge déployée, le pousse alors, avec toute sa suite, dans un immense puits sans fond et sans rebord, de 20m de diamètre, judicieusement placé au bout de la route, à la sortie de la ville.
Le roi prend alors 299 de ses copains et va bloquer l'armée perse, forte de dizaines, de centaines de milliers de guerriers. Oui, parce que le roi perse, qui arrive par la mer, décide de débarquer avec son immense armée précisément au seul endroit en Grèce où il devra passer par une gorge étroite de 15m entourée par des falaises abruptes. Il a même amené des éléphants gigantesques, deux fois plus gros que les bateaux sur lesquels ils sont venus, et trois fois trop larges pour passer par ladite gorge. Ce n'est pas grave, parce que de toute façon, ces énormes bêtes qui font manifestement au moins 15m de haut prennent peur devant les quelques Spartiates avec des lances, et tombent dans la mer.
Revenons à nos 300 amis, et à un des aspects les plus pénibles de ce film: en effet, le spectateur se voit infliger constamment la vision d'une demi-douzaine au moins de pectoraux gonflés au dessus d'une double rangée saillante d'abdominaux rebondis et huilés. Parce que le guerrier spartiate part à la guerre en slip, avec une cape rouge, ce n'est pas moins de 2h de spectacle des torses rutilants de ces bibendums boursoufflés qui sont proposées.
Le torse bombé est de rigueur, mais il reste toujours immaculé. Là où l'ennemi a le mauvais goût d'exploser en une gerbe de sang à chaque fois qu'un Spartiate le touche, il a quand même assez de dignité pour diriger ce flux sanguin dans à peu près toutes les directions (d'où que vienne le coup fatal) sauf dans celle de son assaillant. Les Spartiates n'ont aucune goutte de sang sur eux, même criblés de flèches et mourant. Ca, c'est la classe.
Et oui: forcément, l'ennemi est laid, difforme, il est dépravé et a des divagations mégalomaniaques. Heureusement, il meurt très facilement. Son corps est plus mou qu'un corps normal: ainsi la pointe d'une lance spartiate en forme de harpon, n'a pas plus de mal à le traverser de part en part dans un sens que dans l'autre. C'est pratique, car le Spartiate n'est pas ralenti, et peut se consacrer à tuer d'autres ennemis.
Enfin, évidemment, comme dans tous les films d'Hollywood, il y a le parallèle moralisateur de propagande sur la grandeur de l'Amérique. Les Spartiates, ces braves guerriers, ces hommes virils et musclés, étaient des Américains préventifs. Tout y passe: pourquoi il faut se battre contre l'ennemi qui vient sur leurs terres, se battre pour leur liberté (concept très très en vue dans la Sparte antique); pourquoi il est honorable de mourir pour défendre ces idées; pourquoi il ne faut jamais battre en retraite même si leurs alliés, ces couards, abandonnent la partie; etc. Un des guerriers, qui perd son fils dans la bataille, explique dans un lapsus anachronique de choix que celui-ci est mort pour son pays, alors que le concept même de pays n'existait pas.
Mais bon, quand on n'a pas de scénario, il faut bien occuper les 2h du film avec quelque chose pendant que des membres perses ne volent pas en l'air.

Juste avant, j'avais vu Equilibrium, film d'anticipation avec ses bons moments, entièrement porté par cet excellent acteur qu'est Christian Bale.
Christian Bale est dérangeant; on sent, on lit sur son visage quelque chose de malsain et de caché. Ceux qui veulent vraiment en avoir peur peuvent regarder le Machiniste.
La plupart du film est composée de gros plans sur son visage fermé et inexpressif, et pourtant, dans ces images fixes, sans musique, d'un personnage qui subit une lutte intérieure sans pouvoir la montrer, il se passe plus de choses que dans tout le film 300 et ses ininterrompues scènes d'action.

Grève et guigne musicale.

Fièvre constestatrice, quand tu nous tiens! Le pays entier est secoué par les grèves. La SNCF et la RATP en sont à leur seconde vague: plus précisément, ces manifestations et les gares vides qui en découlent se produisent exactement les soirs où, mélomane, je dois assister à des concerts. Le mois dernier, c'est mon ticket d'Electric Soft Parade qui m'est resté dans les mains, et demain, ce sera celui pour Interpol et Blonde Redhead.
Les grévistes seraient-ils partisans d'une conspiration anti-culturelle, et pire, anti-moi? Bien sûr, officiellement ils refusent de travailler parce qu'ils trouvent totalement injuste de travailler autant et aussi longtemps que les autres, mais il y a certainement des motifs cachés. On ne nous dit pas tout.
Et puis c'est la mode, tout le monde s'y met cette semaine. L'éducation nationale, qui demande qu'on lui laisse des moyens; les étudiants, qui ont envie de bloquer leur fac parce que ça faisait un peu trop longtemps depuis le dernier blocage; et les buralistes, qui n'ont même plus le droit de laisser les gens se tuer en fumant chez eux.
C'est toujours étrange de voir ces petits monsieurs à la télévision, présidents de l'union de machin, porte-parole de la fédération de bidule, qui au nom de leur propre bien-être économique, viennent demander aux français de venir acheter et consommer leurs cigarettes, qui tuent 65000 personnes par an. Vous pensez bien, sinon ils vont acheter leurs cigarettes en Espagne! Gouvernement, fais quelque chose, il faut qu'ils viennent noircir leurs poumons chez nous, entre bons Français!
Les pauvres n'ont pas l'air convaincu par leur propres discours.
Une brève recherche sur Google indique qu'il y a en France 31 057 buralistes. Deux morts par point de vente par an, continuez les gars! La bonne nouvelle? Beaucoup de buralistes ferment: cela veut dire que statistiquement le rendement en cancéreux de chacun de ces sympathiques marchands va exploser!

En conclusion, je m'en remets à mes conclusions.